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À propos du silence

Le silence me fait du bien. Dans cette existence où nos sens sont sollicités à chaque instant, je ressens souvent le besoin de me lover dans ma coquille, pour écouter mes propres sonorités. Dans le processus d’écriture, c’est absolument nécessaire de prendre de la distance, de se taire, pour mieux recouvrer l’usage de la parole. C’est ce que je suis en train de faire. Parfois les idées sont nourries par l’action, mais en ce moment elles se mettent en place dans le calme de mon univers intérieur.

Longtemps je me suis pris la tête à chaque fois que le silence s’imposait à moi. Je croyais que les mots ne reviendraient jamais si je les laissait s’éloigner. Je ne savais pas à cette époque que les mots sont comme les gens, qu’il faut leur offrir la liberté pour que puisse s’exprimer le meilleur d’eux-même. Je cherchais à ce moment à les retenir alors qu’ils ne voulaient plus rien dire. Jusqu’au jour où j’ai compris que le processus créatif est comme le ressac de la mer, qu’il suit un rythme d’allers et de retours entre le mouvement et l’arrêt, entre l’abondance et la rareté, entre la présence et le retrait.

À l’intérieur de cette vague continuelle qui représente ma création, je me situe en ce moment au stade où l’eau quitte le sable pour retrouver la mer, juste avant de reprendre son souffle pour pousser de toutes ses forces vers l’avant. Le silence est souverain, le calme prend toute la place. Une certaine plénitude m’envahit, car je sais aujourd’hui que rien ne cesse réellement, que la vie nous ramène toujours à l’essentiel, et que ce qui est ancré à l’intérieur de soi ne meurt jamais.

Les mots jonchent les pourtours de ma route, nous nous sommes choisis il y a fort longtemps, et cet amour réciproque que nous nous prodiguons m’apporte le courage d’avancer toujours davantage sur la route qui est la mienne. Et le silence? ce n’est que des mots qui se taisent…

Autofiction en image

Ça y est. J’arrive au point de non-retour. Je regarde derrière et n’y perçois rien. Ma tête opère un 180°, mon visage tombant en direction du Néant. Où suis-je ? Je ne fais plus la différence entre le réel et l’abstrait, le palpable et l’intouchable. J’ai perdu tous mes repères. Je suis en fuite à l’intérieur de ma vie. Tant de choses sont passées par-dessus bord que je ne trouve plus mon identité dans le lot. Pourtant je m’obstine à chercher, à tâtons, une prise sur ma vie. Mes mains se retrouvent en apesanteur quelque part dans le grand Rien. Devant moi apparaissent mille chemins.

J’aurais aimé arriver ici un peu plus tôt, et cette pensée m’assaille avec tant de vigueur que j’en ai le vertige. Beaucoup de détours s’accumulent derrière moi, mon sillon est sinueux et inégal. Dans ce parcours existent de grandes allées bordées de saules majestueux, alors qu’en d’autres endroits le sentier est si touffu, car envahi par la végétation, que l’on peine à y trouver sa voie.

Hier la mort possédait encore quelque attrait à mes yeux. Étrangement aujourd’hui je souris devant ce tableau si complexe ou les flous dominent l’espace. Je ne retournerai plus là d’où je viens. Ardemment j’avancerai en ces vastes terres nouvelles, afin de m’y retrouver pour de bon. Par bonheur, je peux compter sur une boussole, dûment acquise lors de mémorables et déterminantes rencontres. Les miens, dispersés aux quatre coins de ce monde, accueillent mon entrée avec tant d’émoi que j’en suis regaillardie. De loin je leur fait un signe en guise de remerciement et poursuis ma quête.

Bientôt la Baraka. Regardez-moi qui arrive et ne crains pas d’avancer. Un souffle suave se glisse sur mon dos et me pousse en douceur. Mes mains contiennent toute la tendresse du monde. Je suis soulagée. Il existe donc des beautés que j’ignorais encore. Et elles sont devant moi. FB