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Poème de Marceline Desbordes-Valmore

Je veux vous présenter un texte de Marceline Desbordes-Valmore, grande et brillante poétesse du 17e siècle. Cette femme a un parcours fascinant. Allez le découvrir!

Être femme et artiste à la fois fut, pendant longtemps, considéré comme profondément marginal. Imaginez à cette époque. Et pourtant cette femme s’est méritée la reconnaissance et le respect de ses pairs. Magnifique!

(D’ailleurs, Julien Clerc en a fait une fort jolie chanson.)

Bonne lecture! Et bonne écoute aussi…

F.B.

Les séparés

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.
les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon coeur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas !

N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes
Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais!
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas !

N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas !

N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire:
il semble que ta voix les répand sur mon coeur;
Que je les vois brûler à travers ton sourire;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon coeur
N’écris pas !

Marceline Desbordes-Valmore (1786 – 1859)

poèmes de Marceline desbordes-Valmore

Retrouver un texte enfoui dans l’oubli

J’avais 17 ans à l’époque où j’ai lu ce texte pour la première fois. C’était ma première année de Cégep, et je me passionnais pour toute découverte littéraire. Aussi avais-je avoué mon amour des mots à l’un de mes professeurs, lequel s’avérait être un inconditionnel de la parole écrite sous toutes ses formes.

Un jour il m’offrit ce texte à lire. Un feuillet magnifique, beau et dur à la fois. Un propos criant de lucidité et de désillusion. L’auteur, un suédois, fut considéré à son époque comme l’un des plus brillant écrivain de sa génération. Aussi était-il aux prises avec un profond mal de vivre, qui se solda en un suicide à l’âge de 31 ans.

Dernièrement, je suis allée chercher des livres à la bibliothèque, et en fouillant dans les rangées à travers mille et un titres, mes yeux se posèrent tout à coup sur ces pages empreintes de détresse, pages que je n’avais plus lues depuis 15 ans maintenant.

On ne fait pas la même lecture à 17 ans qu’à 32, bien sûr, et lorsque je me replongeai dans ces mots, je pus enfin entendre, je crois,  le réel propos de cet homme terrassé par la douleur, un mal sourd et pourtant profond qui s’avéra totalement autodestructeur.

Mais il n’en demeure pas moins que le dit texte possède de grandes qualités littéraire et poétiques, et le constat malheureux de l’auteur, grâce à sa prose remarquable, ne réussit pas à nous décourager. Car la force des mots réside justement dans ce savant dosage de tragique dans le propos et de poésie dans la forme, ce qui aboutit à un livret d’une rare sensibilité, beau et terrible à la fois.

Prenez 15 minutes de votre temps pour aller le lire… imprimez-le surtout, et peut-être, dans 15 ans, vos yeux se poseront-ils à nouveau sur ces pages et en ferez-vous une lecture totalement nouvelle… pour votre plus grand bonheur!

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Stig Dagerman, 1923-1954

F.B.

Mémoire d’hiver

Un beau dimanche préélectoral. La ville est recouverte d’un manteau blanc taillé sur mesure pour elle. Quand la neige s’amène, j’ai toujours le sentiment que le temps ralentit. Un parfum d’enfance, vaporeux et enivrant, se faufile dans mon esprit. D’une façon mystérieuse il s’installe en moi, et alors je peux fermer les yeux et revivre les premières neiges de ma jeunesse, comme si ce jour existait toujours dans le moment présent. Je crois que nous sommes tous fait ainsi. Des événements empreints de poésie tels que celui-là laissent une trace indélébile en nous, et ce pour toute la durée de notre existence. Comme l’odeur et les couleurs de l’automne, la quiétude et l’éclat des premiers jours d’hiver possèdent une beauté unique, un caractère particulier et aussi, pour nous tous, habitants des pays nordiques, une saveur universelle.

J’avais envie de neige comme on a envie d’une crème glacée un jour de canicule. Étrangement, pendant toute la durée de novembre je crains l’entrée des premiers flocons sur nos terres. Puis, dès que cela se produit, dès que la réalité me rattrape, je redeviens cette petite fille émerveillée devant le spectacle de la nature. Je fais les yeux ronds devant la fenêtre et, instantanément, une folle envie d’aller marcher sous la neige me démange. Une fois arrivée dehors, je tombe en état d’ouverture totale face à ce mode qui se meut d’une si délicieuse manière, suivant un cycle qui se perpétue et se renouvelle à l’infini. Je tombe littéralement en état de pure contemplation, d’avantage ici, au Bas-St-Laurent, alors que la blancheur est si vaste qu’elle peut donner le vertige. Les montagnes qui dominent l’autre rive du fleuve fournissent à l’oeil un décor féerique à souhait. Il y a des jours où elles semblent se rapprocher de nous. La neige qui les recouvre définit le moindre de ses reliefs. Et que dire de cette magnifique masse d’eau qui, bientôt, sera pleine de glaces aux reflets irisés à l’heure de la brunante.

Cela fait des semaines que je crains l’hiver, mais la neige ce matin a réchauffé si fort mon cœur d’enfant que j’aurais presque envie de danser dans la rue en mangeant des flocons, comme je prenais tant de plaisir à le faire autour de 1984. Tout à l’heure, sitôt envoyé ce billet, j’irai goûter cette journée bercée d’éclats de velours. Je viens de me souvenir que la neige est au nombre de mes amours ! FB