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La difficulté d’être

Jean Cocteau écrivait, en 1947, ce livre très beau où il faisait constat de cette quête identitaire inhérente à chacun de nous:  “La Difficulté d’Être”.

Pourtant, cet homme aux multiples talents, en apparence, avait tout pour être heureux. Prolifique, tout ce qu’il touchait se transformait en perles de beauté. Son oeuvre est magistrale et ses médiums multiples. Il représentait ce que je considère être un artiste profondément accompli. Sa vie fut riche et pleine, marquée par des rencontres fortes avec les artistes de sa génération. Il a influencé le monde des arts à plusieurs niveaux: littérature, théâtre, cinéma, dessin, graphisme.

Hors, son questionnement existentiel fut sans relâche.

Il semble que le fait de se dépasser, de révéler sa propre créativité, ne puisse nous immuniser à la puissance du doute identitaire. J’ose même penser que pour ces gens allumés, influents, épris de liberté autant que de réalisation, les bouleversements  intérieurs fournissent davantage d’épreuves. Sans doute parce que, connectés sur un flot continu de remises en question via leur démarche artistique, ces gens se retrouvent forcément interpellés par les questions philosophiques, l’art n’étant jamais trop éloigné de cette école.

D’une manière ou d’une autre, tous nous sommes pris avec l’incertitude, l’inconstance, l’instabilité, à plus ou moins grande échelle. Ne serait-ce que par rapport à notre image: celle que nous projetons ou croyons projeter, versus celle que les autres perçoivent ou croient percevoir. Être soi est sans aucun doute l’entreprise la plus ardue de toute existence. Se définir en tant qu’être humain demande une vie entière. Et encore. Saurons-nous vraiment, à la toute fin de notre parcours, qui nous sommes? Y aura-t-il un moment où l’hésitation ne définira plus notre démarche sur cette route escarpée de la quête de soi?

Il semble qu’il ne suffise pas d’accomplir de grandes choses pour obtenir plus de certitudes que les autres. À la lumière de ce constat, il m’apparaît évident qu’une vie humaine riche et nourrissante passe obligatoirement par la recherche de cette pierre philosophale mythique bien enracinée dans notre imaginaire collectif. Et ce tâtonnement incertain est, sans nul doute, aussi intemporel qu’universel.

FB

Autofiction en image

Ça y est. J’arrive au point de non-retour. Je regarde derrière et n’y perçois rien. Ma tête opère un 180°, mon visage tombant en direction du Néant. Où suis-je ? Je ne fais plus la différence entre le réel et l’abstrait, le palpable et l’intouchable. J’ai perdu tous mes repères. Je suis en fuite à l’intérieur de ma vie. Tant de choses sont passées par-dessus bord que je ne trouve plus mon identité dans le lot. Pourtant je m’obstine à chercher, à tâtons, une prise sur ma vie. Mes mains se retrouvent en apesanteur quelque part dans le grand Rien. Devant moi apparaissent mille chemins.

J’aurais aimé arriver ici un peu plus tôt, et cette pensée m’assaille avec tant de vigueur que j’en ai le vertige. Beaucoup de détours s’accumulent derrière moi, mon sillon est sinueux et inégal. Dans ce parcours existent de grandes allées bordées de saules majestueux, alors qu’en d’autres endroits le sentier est si touffu, car envahi par la végétation, que l’on peine à y trouver sa voie.

Hier la mort possédait encore quelque attrait à mes yeux. Étrangement aujourd’hui je souris devant ce tableau si complexe ou les flous dominent l’espace. Je ne retournerai plus là d’où je viens. Ardemment j’avancerai en ces vastes terres nouvelles, afin de m’y retrouver pour de bon. Par bonheur, je peux compter sur une boussole, dûment acquise lors de mémorables et déterminantes rencontres. Les miens, dispersés aux quatre coins de ce monde, accueillent mon entrée avec tant d’émoi que j’en suis regaillardie. De loin je leur fait un signe en guise de remerciement et poursuis ma quête.

Bientôt la Baraka. Regardez-moi qui arrive et ne crains pas d’avancer. Un souffle suave se glisse sur mon dos et me pousse en douceur. Mes mains contiennent toute la tendresse du monde. Je suis soulagée. Il existe donc des beautés que j’ignorais encore. Et elles sont devant moi. FB