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Hommage à Philippe Djian

L’été dernier, j’ai suivi un atelier d’écriture de paroles de chansons au Village en Chansons de Petite-Vallée en Gaspésie. Ce fut une expérience formidable, riche en créativité et en belles rencontres.

À mon retour, j’ai fait une boulimie de mots, soulevée par un souffle nouveau dans ma façon d’aborder l’écriture. Et j’ai écrit des chansons, beaucoup de chansons. Bien sûr, sur le lot, il n’y en a que quelques unes que je considère réussies.

Celle que je vous présente ce matin n’est peut-être pas la meilleure, mais elle est, pour moi, la plus significative, car elle concerne un écrivain pour lequel j’ai beaucoup d’admiration, Philippe Djian. Et le propos de cette chanson se veut un historique de son oeuvre.


Au début tes feuilles noircies

Aux yeux outrés des critiques

Sont comme un manège maudit<!–[if !supportFootnotes]–>[1]<!–[endif]–>

Qu’on dissèque dans une chronique


 

Puis il s’est mit à faire chaud

Surtout au petit matin<!–[if !supportFootnotes]–>[2]<!–[endif]–>

Au cinéma c’était beau

Ton histoire d’écrivain


 

Pour toi la vie est mouvante

Les jours sont pleins ou sont creux

Même tout seul contre cinquante<!–[if !supportFootnotes]–>[3]<!–[endif]–>

Tu dis que l’enfer est bleu<!–[if !supportFootnotes]–>[4]


 

Aucune phrase rédigée

Ne s’encombre de futile

Instants tragiques, moments gais

Sous chacun des crocodiles<!–[if !supportFootnotes]–>[5]


 

Quand tu nous dis que dehors

Le temps, ben parfois c’est lent<!–[if !supportFootnotes]–>[6]<!–[endif]–>

On sait qu’on voudra encore

Goûter ton style délinquant


 

Tu sais frôler notre échine<!–[if !supportFootnotes]–>[7]<!–[endif]–>

Au détour d’un paragraphe

Entre les mots on devine

Combien l’amour a sa place


 

Il y a dans chaque lendemain

Une renaissance potentielle

Avec toi les assassins<!–[if !supportFootnotes]–>[8]<!–[endif]–>

Ne sont pas tous criminels<!–[if !supportFootnotes]–>[9]


 

On se souvient des passages

Pimentés d’images lubriques

Vers chez les blancs<!–[if !supportFootnotes]–>[10]<!–[endif]–> c’est des pages

Pas de doutes, c’est érotique


 

Pour la mondialisation

Tu invites des policiers<!–[if !supportFootnotes]–>[11]<!–[endif]–>

Deux voix à la narration

Sur le dos, on est jeté


 

Les frictions<!–[if !supportFootnotes]–>[12]<!–[endif]–>, tu les connais

L’homme est une bête impure<!–[if !supportFootnotes]–>[13]<!–[endif]–>

Chacun traîne son boulet

C’est pas une sinécure


 

Enfin six tomes<!–[if !supportFootnotes]–>[14]<!–[endif]–>, la saga

D’une famille en perdition

Dans une ville de scélérats

Pour toi c’est comme du bonbon


 

Un jour nos lectures se croisent

On découvre ton parcours

À la craie sur une ardoise<!–[if !supportFootnotes]–>[15]<!–[endif]–>

La liste de tes amours


 

Finalement tes détracteurs

Jamais n’auront eu raison

On te lit avec ferveur

On se rappellera ton nom

 

 

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<!–[if !supportFootnotes]–>[1]<!–[endif]–> Maudit manège, roman, Éditions Bernard Barrault, 1986

<!–[if !supportFootnotes]–>[2]<!–[endif]–> 37,2° Le matin, roman, Éditions Bernard Barrault, 1985

<!–[if !supportFootnotes]–>[3]<!–[endif]–> 50 contre 1, nouvelles, Éditions Bernard Barrault, 1981

<!–[if !supportFootnotes]–>[4]<!–[endif]–> Bleu comme l’enfer, roman, Éditions Bernard Barrault, 1983

<!–[if !supportFootnotes]–>[5]<!–[endif]–> Crocodiles, nouvelles, Éditions Bernard Barrault, 1989

<!–[if !supportFootnotes]–>[6]<!–[endif]–> Lent dehors, roman, Éditions Bernard Barrault, 1991

<!–[if !supportFootnotes]–>[7]<!–[endif]–> Échine, roman, Éditions Bernard Barrault, 1986

<!–[if !supportFootnotes]–>[8]<!–[endif]–> Assassins, roman, Éditions Gallimard, 1994

<!–[if !supportFootnotes]–>[9]<!–[endif]–> Criminels, roman, Éditions Gallimard, 1996

<!–[if !supportFootnotes]–>[10]<!–[endif]–> Vers chez les blancs, roman, Éditions Gallimard, 2000

<!–[if !supportFootnotes]–>[11]<!–[endif]–> Ça c’est un baiser, roman, Éditions Gallimard, 2002

<!–[if !supportFootnotes]–>[12]<!–[endif]–> Frictions, roman, Éditions Gallimard, 2003

<!–[if !supportFootnotes]–>[13]<!–[endif]–> Impuretés, roman, Éditions Gallimard, 2005

<!–[if !supportFootnotes]–>[14]<!–[endif]–> Doggy bag, roman en 6 saisons, Éditions Julliard, 2005 à 2008

<!–[if !supportFootnotes]–>[15]<!–[endif]–> Ardoise, récit de lectures, Éditions Julliard, 2002

F.B.


La difficulté d’être

Jean Cocteau écrivait, en 1947, ce livre très beau où il faisait constat de cette quête identitaire inhérente à chacun de nous:  “La Difficulté d’Être”.

Pourtant, cet homme aux multiples talents, en apparence, avait tout pour être heureux. Prolifique, tout ce qu’il touchait se transformait en perles de beauté. Son oeuvre est magistrale et ses médiums multiples. Il représentait ce que je considère être un artiste profondément accompli. Sa vie fut riche et pleine, marquée par des rencontres fortes avec les artistes de sa génération. Il a influencé le monde des arts à plusieurs niveaux: littérature, théâtre, cinéma, dessin, graphisme.

Hors, son questionnement existentiel fut sans relâche.

Il semble que le fait de se dépasser, de révéler sa propre créativité, ne puisse nous immuniser à la puissance du doute identitaire. J’ose même penser que pour ces gens allumés, influents, épris de liberté autant que de réalisation, les bouleversements  intérieurs fournissent davantage d’épreuves. Sans doute parce que, connectés sur un flot continu de remises en question via leur démarche artistique, ces gens se retrouvent forcément interpellés par les questions philosophiques, l’art n’étant jamais trop éloigné de cette école.

D’une manière ou d’une autre, tous nous sommes pris avec l’incertitude, l’inconstance, l’instabilité, à plus ou moins grande échelle. Ne serait-ce que par rapport à notre image: celle que nous projetons ou croyons projeter, versus celle que les autres perçoivent ou croient percevoir. Être soi est sans aucun doute l’entreprise la plus ardue de toute existence. Se définir en tant qu’être humain demande une vie entière. Et encore. Saurons-nous vraiment, à la toute fin de notre parcours, qui nous sommes? Y aura-t-il un moment où l’hésitation ne définira plus notre démarche sur cette route escarpée de la quête de soi?

Il semble qu’il ne suffise pas d’accomplir de grandes choses pour obtenir plus de certitudes que les autres. À la lumière de ce constat, il m’apparaît évident qu’une vie humaine riche et nourrissante passe obligatoirement par la recherche de cette pierre philosophale mythique bien enracinée dans notre imaginaire collectif. Et ce tâtonnement incertain est, sans nul doute, aussi intemporel qu’universel.

FB