Soudain… en une fraction de secondes, je parvins à faire basculer on état d’esprit. J’ignore comment l’étincelle s’est produite dans ma tête mais, tout d’un coup, j’ai eu envie de voir du beau, de sentir du bon.
Alors je me suis arrêtée dans la poudreuse sous des arbres chargés à ras-bord, et j’ai tenté de saisir l’essentiel de cet instant, ici et maintenant, une tâche plutôt ardu pour ma part. il s’agit peut-être d’un lieu commun mais, pour ce que j’en sais, vivre le moment présent n’est pas spécialement ma tasse de thé ces jours-ci, je suis plutôt encline à subir le moment telle une bête apeurée. Alors imaginez le choc lorsque, inopinément, une attitude de vainqueur se pointe le bout du nez ! Saisissant. Une étrange sensation de vertige euphorisant, mais surtout un regard nouveau, un filtre différent sur l’objectif, quelque chose de très émouvant, vibrant, intensément réel.
Pendant un bref instant, rien n’a pu affecter cette plénitude, car c’est bien de cela qu’il s’agit, de plénitude, d’ivresse, une paix envahissante le temps d’un souffle, et j’ai pris cette bouffée de vie de tout mon corps pour la graver dans ma chair, pour tenter de ne pas oublier que cela existe. Car c’est bien à une démonstration du bonheur que j’ai assisté, ce ne peut être autre chose…
Tant de pensées se bousculent tant et toujours dans ma tête que je finis par ne plus y voir très clair. La circulation est très dense, un vrai bouchon parisien. Arrêter ce flot relève du pur exploit. Comment le reproduire, je l’ignore encore. Encore là, ce doit être une question de rigueur et de discipline, ces deux qualités qui me font cruellement défaut. Je suis si occupée à me projeter dans l’avenir que j’en oublie le temps qui passe, les jours qui sont les miens et sur lesquels j’ai encore du pouvoir.
Souvent j’envie ces personnes ayant une foi imperturbable en ce qu’ils sont. Je me demande quel est leur truc, car ils doivent bien en avoir un. Croire en ses rêves n’est pas donné naturellement à tout le monde, certains doivent travailler d’arrache pied pour y arriver. J’en suis. Je le sais, c’est déjà ça de gagné. Mais je me dis… ces gens qui vont au bout d’eux-mêmes, ils savent sans aucun doute savourer cet amas de petits riens qui parfument une vie… Ils doivent sûrement posséder cette faculté d’absorber à chaque seconde ce que le jour porte en lui, non? Ce souffle enivrant qui sied si bien à certains, pourquoi ai-je tant de difficulté à le saisir? Mais surtout, comment ai-je bien pu y arriver sans effort pour quelques minutes? Est-ce que ce souffle saurait m’habiter aussi?
Mon aptitude au bonheur n’est peut-être qu’en dormance pour un temps, finalement. Suffit juste de trouver le moyen d’aller la sortir de sa rêverie. Mais où donc se trouve sa chambre??



