Rien n’est plus difficile que l’épreuve que je m’inflige en ce moment. Je ne sais pas pourquoi, de façon sporadique mais tout de même fréquemment, je me retrouve dans cette situation. On dirait que les années passent et que je n’apprends rien. Que je persiste à aller nulle part, à tourner en rond à l’intérieur de moi-même dans une valse sans fin.
Tellement que je n’ai plus de mots pour exprimer mon malaise. Je bloque instantanément dès que je tente de sortir de moi ce qui me ronge, l’histoire se répétant trop fréquemment.
Comme ici, maintenant, au moment où je voudrais le plus exposer le flot de pensées qui dort en moi, je me retrouve à faire exactement l’inverse, à expliquer pourquoi je ne peux pas. Quelle ironie ! Et quel joli désastre en même temps…
J’aimerais pouvoir sortir de ma tête ne serait-ce qu’une heure, une seule heure à rester là, sans rien faire, sans rien penser, une seule petite heure à me sentir bien mais, surtout, libre. Car oui, je considère que je suis prisonnière de moi-même, car je n’arrive pas à matérialiser – et donc à sortir de moi – ce torrent fou qui m’habite. Je ne sais que rester tapie dans le silence, mon silence, mon vide.
J’aimerais réellement trouver une méthode pour être plus optimiste face à la vie. Mais honnêtement, pour l’heure, la vie elle me fait chier, et je la trouve injuste. Pour l’heure, je suis absorbée à me morfondre sur mon propre nombril. Et je crois que j’y ai droit. J’ai été déjà passablement éprouvée dans l’enfance, et cela laisse des traces indélébiles. L’impression d’avoir à revivre les épreuves de l’enfance me terrifie. Je ne suis pas sure d’avoir la force de surmonter cet état. Et aussi, je n’ai pas le cœur pour en parler plus que ça. C’est encore trop douloureux, bien que fort lointain, une étrange sensation. Comme quelque chose qui nous aurait blessé pour toujours, qui nous aurait cassé en plusieurs morceaux.
Une chose est certaine parfois la vie cache son sens. Sous des airs d’allégresse, elle dissimule ses vérités. Nous finissons par oublier la signification même du mot sens. L’amertume nous gagne et nous devenons des automates. Nous ne nous sentons plus vivre, nous ne faisons qu’exister. Nous ne savons plus rien décider. Nous passons un temps fou à ne rien faire en fumant des cigarettes. Plus tard ce sera Marie-Jeanne et Laphroaig mélangés. L’ivresse étant, avec l’amour, la plus belle des fuites. Et pendant tout ce temps, rien ne se passe, nous persévérons à aller nulle part, nous ne démordons pas de l’idée d’avoir droit à l’inutilité la plus totale, et ensuite nous nous vautrons dans cette idée. C’est tellement plus aisé ainsi, et si peu impliquant. Puisque rien n’est de notre faute, mieux vaut jouer les victimes, surtout à nos propres yeux. Et pourtant, de la même façon que nous nous apitoyons sur nous-mêmes, nous savons que la clé n’est pas là, que nous ne pouvons poursuivre encore longtemps dans cette idée, car sinon ce sera intenable, invivable, insupportable et nous voudront mourir. Nous le savons car nous avons passé par là pour d’autres raison dans le passé. Nous connaissons notre destinée, dépendamment de l’option choisie. Tout se jouera à ce niveau. Mais nous n’en sommes pas rendu à prendre une décision pour la finalité. En fait, pour l’instant, nous voulons juste avoir quelque chose pour nous faire rêver et voir de la beauté et sentir de l’amour, mais un autre amour que notre amour, quelque chose de plus grand, de plus universel, comme un amour entier, total, pas étouffant pour 2 sous, juste si délicieusement présent. Hors pendant que nous nous laissons aller à la tentation de bonheur, Le Grand Rien Qui Dévore nous rattrape de plus belle de ses grands doigts tentaculaires.