Bien sûr en attendant la vie continue, et nous ne cessons de garder un œil tout de même intéressé, voir curieux, sur ce qui s’y trouve. Bien qu’en général nous soyons plutôt cyniques face à la vie, il nous arrive souvent d’y trouver beaucoup de beauté, et aussi beaucoup d’amour. Nous pouvons passer d’un état à l’autre assez rapidement, dans la même heure, dans la même phrase. Nous ne sommes pas des idéalistes de la vie, mais nous lui accordons sa part de poésie. Parfois, elle en devient très surprenante.
Mais nous savons une chose assez grave : nous avons perdu une très grande partie de notre sens de l’émerveillement sur la route, et nous ne savons plus le trouver. Nous avons perdu la capacité de vivre d’immenses instants de bonheur à travers de petits riens. Nous avons fait ce constat en voyage, alors que nous nous sentions souvent si blasés, et ce même devant l’inconnu, le nouveau, l’exotique. Nous n’avons plus senti cette bouffée de fraîcheur depuis un long moment. Nous ignorons la marche à suivre pour le ressentir de nouveau. C’est tellement abstrait tout ça. Impalpable. Insaisissable. C’est présent ou bien absent. Ça ne se trouve pas mais ça arrive. Et quand c’est parti ça nous manque terriblement.
On dirait que nulle part n’est fait pour soi. Comme s’il n’existait pas de lieu sur cette Terre où nous pourrions vivre une réelle plénitude. Mais peut-être que tout ça n’existe que dans nos têtes. Peut-être que la réponse est ailleurs. Pas dans le lieu mais dans la personne, c’est-à-dire dans chacun de ce que nous sommes. Pour notre défense nous dirons que je nous n’avons juste pas le cœur à chercher, à mettre de l’effort dans ce genre de questionnement. Car pour l’heure nous sommes purement et simplement en mode survie, et nous ne pouvons faire que ça.
Nous avons le désir de nous refaire une confiance en la vie, mais cela n’arrivera qu’en temps voulu. Nous croyons être en état de choc devant cette situation. Déstabilisés est le terme le plus approprié pour nous décrire. Débalancés, mais pas encore désaxés. Heureusement ! Nous nous sentons comme après une chute, lorsque l’on essaie maladroitement de se remettre debout et que l’équilibre nous manque encore. Bref nous n’avons toujours pas réussi à nous tenir droit, nous chancelons encore quelque part au-dessus du sol dans une position bizarre. Nous cherchons une prise mais n’en trouvons pas, hors nous mettons toutes nos énergies à tenter de ne pas nous écraser sur le sol. Souvent nous manquons de souffle. Souvent nous voudrions uniquement appuyer sur off. Allez savoir où se trouve ce bouton.