Archives mensuelles : décembre 2010

De la lumière le temps d’un souffle

Soudain… en une fraction de secondes, je parvins à faire basculer on état d’esprit. J’ignore comment l’étincelle s’est produite dans ma tête mais, tout d’un coup, j’ai eu envie de voir du beau, de sentir du bon.

Alors je me suis arrêtée dans la poudreuse sous des arbres chargés à ras-bord, et j’ai tenté de saisir l’essentiel de cet instant, ici et maintenant, une tâche plutôt ardu pour ma part. il s’agit peut-être d’un lieu commun mais, pour ce que j’en sais,  vivre le moment présent n’est pas spécialement ma tasse de thé ces jours-ci, je suis plutôt encline à subir le moment telle une bête apeurée. Alors imaginez le choc lorsque, inopinément, une attitude de vainqueur se pointe le bout du nez ! Saisissant. Une étrange sensation de vertige euphorisant, mais surtout un regard nouveau, un filtre différent sur l’objectif, quelque chose de très émouvant, vibrant, intensément réel.

Pendant un bref instant, rien n’a pu affecter cette plénitude, car c’est bien de cela qu’il s’agit, de plénitude, d’ivresse, une paix envahissante le temps d’un souffle, et j’ai pris cette bouffée de vie de tout mon corps pour la graver dans ma chair, pour tenter de ne pas oublier que cela existe. Car c’est bien à une démonstration du bonheur que j’ai assisté, ce ne peut être autre chose…

Tant de pensées se bousculent tant et toujours dans ma tête que je finis par ne plus y voir très clair. La circulation est très dense, un vrai bouchon parisien. Arrêter ce flot relève du pur exploit. Comment le reproduire, je l’ignore encore. Encore là, ce doit être une question de rigueur et de discipline, ces deux qualités qui me font cruellement défaut. Je suis si occupée à me projeter dans l’avenir que j’en oublie le temps qui passe, les jours qui sont les miens et sur lesquels j’ai encore du pouvoir.

Souvent j’envie ces personnes ayant une foi imperturbable en ce qu’ils sont. Je me demande quel est leur truc, car ils doivent bien en avoir un. Croire en ses rêves n’est pas donné naturellement à tout le monde, certains doivent travailler d’arrache pied pour y arriver. J’en suis. Je le sais, c’est déjà ça de gagné. Mais je me dis… ces gens qui vont au bout d’eux-mêmes, ils savent sans aucun doute savourer cet amas de petits riens qui parfument une vie… Ils doivent sûrement posséder cette faculté d’absorber à chaque seconde ce que le jour porte en lui, non? Ce souffle enivrant qui sied si bien à certains, pourquoi ai-je tant de difficulté à le saisir? Mais surtout, comment ai-je bien pu y arriver sans effort pour quelques minutes? Est-ce que ce souffle saurait m’habiter aussi?

Mon aptitude au bonheur n’est peut-être qu’en dormance pour un temps, finalement. Suffit juste de trouver le moyen d’aller la sortir de sa rêverie. Mais où donc se trouve sa chambre??

Le Grand Rien Qui Dévore

Rien n’est plus difficile que l’épreuve que je m’inflige en ce moment. Je ne sais pas pourquoi, de façon sporadique mais tout de même fréquemment, je me retrouve dans cette situation. On dirait que les années passent et que je n’apprends rien. Que je persiste à aller nulle part, à tourner en rond à l’intérieur de moi-même dans une valse sans fin.

 

Tellement que je n’ai plus de mots pour exprimer mon malaise. Je bloque instantanément dès que je tente de sortir de moi ce qui me ronge, l’histoire se répétant trop fréquemment.

 

Comme ici, maintenant, au moment où je voudrais le plus exposer le flot de pensées qui dort en moi, je me retrouve à faire exactement l’inverse, à expliquer pourquoi je ne peux pas. Quelle ironie ! Et quel joli désastre en même temps…

 

J’aimerais pouvoir sortir de ma tête ne serait-ce qu’une heure, une seule heure à rester là, sans rien faire, sans rien penser, une seule petite heure à me sentir bien mais, surtout, libre. Car oui, je considère que je suis prisonnière de moi-même, car je n’arrive pas à matérialiser – et donc à sortir de moi – ce torrent fou qui m’habite. Je ne sais que rester tapie dans le silence, mon silence, mon vide.

 

J’aimerais réellement trouver une méthode pour être plus optimiste face à la vie. Mais honnêtement, pour l’heure, la vie elle me fait chier, et je la trouve injuste. Pour l’heure, je suis absorbée à me morfondre sur mon propre nombril. Et je crois que j’y ai droit. J’ai été déjà passablement éprouvée dans l’enfance, et cela laisse des traces indélébiles. L’impression d’avoir à revivre les épreuves de l’enfance me terrifie. Je ne suis pas sure d’avoir la force de surmonter cet état. Et aussi, je n’ai pas le cœur pour en parler plus que ça. C’est encore trop douloureux, bien que fort lointain, une étrange sensation. Comme quelque chose qui nous aurait blessé pour toujours, qui nous aurait cassé en plusieurs morceaux.

 

Une chose est certaine parfois la vie cache son sens. Sous des airs d’allégresse, elle dissimule ses vérités. Nous finissons par oublier la signification même du mot sens. L’amertume nous gagne et nous devenons des automates. Nous ne nous sentons plus vivre, nous ne faisons qu’exister. Nous ne savons plus rien décider. Nous passons un temps fou à ne rien faire en fumant des cigarettes. Plus tard ce sera Marie-Jeanne et Laphroaig mélangés. L’ivresse étant, avec l’amour, la plus belle des fuites. Et pendant tout ce temps, rien ne se passe, nous persévérons à aller nulle part, nous ne démordons pas de l’idée d’avoir droit à l’inutilité la plus totale, et ensuite nous nous vautrons dans cette idée. C’est tellement plus aisé ainsi, et si peu impliquant. Puisque rien n’est de notre faute, mieux vaut jouer les victimes, surtout à nos propres yeux. Et pourtant, de la même façon que nous nous apitoyons sur nous-mêmes, nous savons que la clé n’est pas là, que nous ne pouvons poursuivre encore longtemps dans cette idée, car sinon ce sera intenable, invivable, insupportable et nous voudront mourir. Nous le savons car nous avons passé par là pour d’autres raison dans le passé. Nous connaissons notre destinée, dépendamment de l’option choisie. Tout se jouera à ce niveau. Mais nous n’en sommes pas rendu à prendre une décision pour la finalité. En fait, pour l’instant, nous voulons juste avoir quelque chose pour nous faire rêver et voir de la beauté et sentir de l’amour, mais un autre amour que notre amour, quelque chose de plus grand, de plus universel, comme un amour entier, total, pas étouffant pour 2 sous, juste si délicieusement présent. Hors pendant que nous nous laissons aller à la tentation de bonheur, Le Grand Rien Qui Dévore nous rattrape de plus belle de ses grands doigts tentaculaires.

 

 

Voilà – la suite

Bien sûr en attendant la vie continue, et nous ne cessons de garder un œil tout de même intéressé, voir curieux, sur ce qui s’y trouve. Bien qu’en général nous soyons plutôt cyniques face à la vie, il nous arrive souvent d’y trouver beaucoup de beauté, et aussi beaucoup d’amour. Nous pouvons passer d’un état à l’autre assez rapidement, dans la même heure, dans la même phrase. Nous ne sommes pas des idéalistes de la vie, mais nous lui accordons sa part de poésie. Parfois, elle en devient très surprenante.

 

Mais nous savons une chose assez grave : nous avons perdu une très grande partie de notre sens de l’émerveillement sur la route, et nous ne savons plus le trouver. Nous avons perdu la capacité de vivre d’immenses instants de bonheur à travers de petits riens. Nous avons fait ce constat en voyage, alors que nous nous sentions souvent si blasés, et ce même devant l’inconnu, le nouveau, l’exotique. Nous n’avons plus senti cette bouffée de fraîcheur depuis un long moment. Nous ignorons la marche à suivre pour le ressentir de nouveau. C’est tellement abstrait tout ça. Impalpable. Insaisissable. C’est présent ou bien absent. Ça ne se trouve pas mais ça arrive. Et quand c’est parti ça nous manque terriblement.

 

On dirait que nulle part n’est fait pour soi. Comme s’il n’existait pas de lieu sur cette Terre où nous pourrions vivre une réelle plénitude. Mais peut-être que tout ça n’existe que dans nos têtes. Peut-être que la réponse est ailleurs. Pas dans le lieu mais dans la personne, c’est-à-dire dans chacun de ce que nous sommes. Pour notre défense nous dirons que je nous n’avons juste pas le cœur à chercher, à mettre de l’effort dans ce genre de questionnement. Car pour l’heure nous sommes purement et simplement en mode survie, et nous ne pouvons faire que ça.

 

Nous avons le désir de nous refaire une confiance en la vie, mais cela n’arrivera qu’en temps voulu. Nous croyons être en état de choc devant cette situation. Déstabilisés est le terme le plus approprié pour nous décrire. Débalancés, mais pas encore désaxés. Heureusement ! Nous nous sentons comme après une chute, lorsque l’on essaie maladroitement de se remettre debout et que l’équilibre nous manque encore. Bref nous n’avons toujours pas réussi à nous tenir droit, nous chancelons encore quelque part au-dessus du sol dans une position bizarre. Nous cherchons une prise mais n’en trouvons pas, hors nous mettons toutes nos énergies à tenter de ne pas nous écraser sur le sol. Souvent nous manquons de souffle. Souvent nous voudrions uniquement appuyer sur off. Allez savoir où se trouve ce bouton.